Perdu dans l’imagination sur mon existence réelle, on dirait que je suis un avatar d’un monde imaginaire, où l’espace-temps n’est pas le principal responsable de la gravité, réfugié dans un monde réel habité par des humains originaires d’espaces différents. C’est comme si j’évolue dans un espace parallèle à ce de mon origine. Mon existence est un combat, un vrai combat pour assurer ma survie dans ce monde divisé, totalement déséquilibré… avec des êtres humains vivant, d’une part, comme des animaux sauvages dépourvus de tout, et d’autre part, avec des gens vivant dans l’abondance et l’extravagance. Mais quelle immoralité!
Dans ce monde, misérable pour certains, mais fructueux pour d’autres, la répartition des richesses est quasiment inexistante. Depuis mon arrivée, je ne fais que rêver, rêvé de belles choses et de bonnes choses. Je rêve des choses merveilleuses qui sont toutes valorisées socialement. Je vis avec des désirs que je ne peux pas satisfaire et des besoins qui vont au-delà de mes besoins physiologiques. Mais, hélas!
J’ai des caractéristiques typiques à un être humain, avec une existence qui parait bien réelle puisque j’éprouve des émotions, des pulsions et tant d’autres comportements caractéristique d’un être humain, donc je suis. Je suis comme tout être, même ceux les plus abstraits des mathématiques, mais je doute sur l’avenir de mon existence dans ce monde inégale.
J’évolue comme un intrus, exclus de manière radicale dans cet espace remplie de groupuscules d’extrême droite et d’extrême gauche. Je vis dans une marginalité totale, en dehors des normes et des valeurs qui sont établies dans cet endroit. Je ne connais pas la liberté car mon bien-être est hypothéqué dès mon arrivée et je suis victime des crimes légaux commis par les privilégiés de cette société.
Dans cet espace remplie d’inégalité, on m’a exigé une éducation scolaire de qualité non douteuse et des formations universitaires adéquates pour pouvoir acquérir des savoirs, des savoirs faire et des avoirs être afin d’intégrer ce monde, où le concept de mondialisation bat son plein. Mais comment je vais répondre à ces exigences si coûteuses?
Je suis le fils d’un petit paysan nègre dépourvu de tout, qui n’hérite même pas d’un lopin de terre légué par ses ancêtres, et qui a laissé ce monde dès ma naissance, et d’une petite paysane courageuse dépourvu de tout moyen de production, vivant dans un taudis, affligée par la maladie et la malnutrition. Je vis pour qui et pour quoi alors? Je viens ici pour quelle mission?
Il me parait utile de remettre en question l’essence même de mon existence dans ce monde construit sur les bases d’immoralité, de corruption, d’exploitation de groupes d’hommes par d’autres groupes. En tant que marginale, en quoi je vais être utile dans ce monde où les innovations technologiques peuvent donner des machines pouvant remplir mes fonctions de manière plus efficace? Qu’est-ce qu’on peut faire de moi? Est-ce qu’on a besoin de moi dans ce monde où je n’ai plus de fonction?
Je fais partie des principaux victimes des crimes économiques commis par les dirigeants de mon espace d’origine. Je suis victime des crimes organisés, exécutés par les multinationales en collaboration avec les dirigeants et des savants aliénés ou encore les prostitués intellectuels faisant partie d’une élite d’intellectuel paresseux prétendent qu’ils sont, eux aussi, des privilégiés de cette société machiavélique.
J’ai ma racine parmi les plus vulnérables aux épidémies, à l’insécurité alimentaire et l’insécurité sociale. Dans mon espace d’origine, je suis enraciné parmi les gens qui vivent en dehors des fondamentaux, alors je suis un homme qui vit en dehors.
Alors que je suis identique à tous les êtres humains quant à mes besoins, pour citer Frantz Fanon, pourtant, je vis en dehors de tout programme d’assistance sociale. Je n’ai pas un code d’identification et je ne suis pas enregistré dans aucune base de données des gouvernements locaux et nationaux. Les seuls moyens qui me sont réservés pour satisfaire à mes besoins et assurer ma survie sont les trafiques illicites, le vol, les casses ou les pillages au moment des revendications légitimes. Donc, je suis obligé d’évoluer dans une situation d’anomie, alors que cette société fait de moi un déviant en me collant une étiquette de déviance.
Non, je ne suis pas un déviant! Je suis une victime d’un système corrompu, dirigé par des dirigés, des sous-hommes, des noirs porteurs des masques blancs, pour citer Fanon. Je suis victime d’un cercle vicieux constitué de fils de pauvres paysans travaillant pour la classe dominante dès qu’ils sont arrivés au pourvoir. Non, non je ne peux être un déviant puisqu’il n’y a pas d’idéologie, ni des idéaux politiques cachés derrière le mode de vie je connais. Je suis un oublié, je vis dans l’exclusion totale, sans protection de personne. Je vis dans une discrimination à outrance avec des préjugés et des stéréotypes de toute sorte. Je vis sans intégrité physique et morale. Je vis comme un animale, une sorte de proie dépourvu de moyen de défense vivant dans une jungle remplie de grands prédateurs hyper féroce. Or ici, la loi générale c’est: « chassé ou être chassé ».
Comment osez-vous faire de moi un déviant pendant que je suis le principal victime des normes et des valeurs que m’impose cette société? Comment osez-vous m’accuser de déviant, de criminel, d’assaillant quand j’ai gagné les rues pour faire passer mes revendications? Comment voulez-vous que je respecte des normes et des valeurs que la société elle même peut remettre en question? Non, je ne suis pas un déviant, je suis un affamé qui doit être chassé avant qu’il soit chassé. Je suis un oublié, un sans-abris qui essaie d’assurer sa survie dans les conditions les plus malsaines avant que je fasse mon voyage vers l’au-delà. Non, je ne suis pas un déviant et je le serai jamais. Je rêve de vivre dans une société où il y a le respect des normes et des valeurs favorisant l’égalité sociale, l’équitabilité, le respect des lois. Je ne suis pas un déviant, je ne fais qu’assurer ma survie dans une société qui me met à l’écart.
Il est temps de remettre les fondements de cette société en question. Je suis l’originaire d’une terre sacrée, la doyenne des peuples noirs. je suis l’héritier d’un royaume qu’inspirait, autre fois, la liberté et la souveraineté aux peuples de toutes allégeances dans ce monde. Mais sur quoi formons-nous les fondements de cette société d’aujourd’hui? Quelles sont les valeurs que nous prônons dans nos institutions étatiques, dans les écoles et dans les foyers? Qu’avez-vous fait pour m’épargner de cette situation d’anomie que je connais aujourd’hui? Vous protégez les dirigeants les plus corrompus en les dotant de blindés, des agents de sécurités les plus équipés. Vous faites de la corruption la valeur la plus prônée dans cette société moderne. Vous créez des bandits, des véritables machines à tuer issus de ma classe. Vous protégez les multinationales en créant des lois fiscales favorables à eux, pendant que ces mêmes lois m’exigent à survivre dans l’extrême pauvrété. Vous ne taxez que les prolétaires, et même les gens qui n’ont rien comme moi. Vous protégez la classe dominante, les arabes qui ne sont même pas des héritiers de cet espace pendant que vous prenez les décisions fiscales les plus sévères contre la majorité silencieuse.
Il est temps de remettre les fondements de cette société en question car je ne veux pas que mes enfants soient victimes, eux aussi, de cette société de mafiosi constituant l’élite politique et économique de cette terre où je respire mon premier litre d’oxygène.
Non, je ne suis pas un déviant tant que la cruauté, le crime organisé, le crime économique sont les principales valeurs de cette société. Non, je ne le suis pas mais plutôt une victime de cette société corrompue.
Auteur: Enock OCCILIEN, M. Sc. Eau et
Environnement et Normalien Supérieur (chimiste).
E-mail: Enock00007@gmail.com



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