La seule chose qu’Haïti et la République Dominicaine ont en commun est une frontière longue de 376 kms.


La superficie d’Haïti si on exclut les iles adjacentes est de 27.750 km²s tandis que celle de la République Dominicaine est de 48.670 km²s. Les eaux de surface couvrent une superficie de 190 km²s en Haïti tandis qu’elles s’élèvent à 350 km²s en République Dominicaine. Les côtes haïtiennes ont une longueur de 1771 kms tandis que celles de la République Dominicaine ne font que 1288 kms. Le plus haut sommet d’Haïti qui se trouve sur le Massif de la Selle, à savoir le Pic la Selle, atteint 2680 m tandis que le Pic Duarte situé au milieu de la Cordillera Central atteint 3175m. Si la superficie irriguée n’est que 970 km² en Haïti, elle atteint 3065 km²s en République Dominicaine. Il tombe 14 milliards de mètres cube d’eau par an sur le territoire haïtien et près de 21 milliards de mètres cube sur le territoire dominicain. Les données qui ont servi à faire ces comparaisons et à établir ces différences ont été tirées du worldfactbook du site de la CIA au cours du mois d’Octobre 2015.  

 
Des populations similaires si différentes

 
Les populations des deux pays sont à des niveaux nettement similaires, ce qui laisse à penser que les densités démographiques doivent être forcément différentes. La population d’Haïti au dernier recensement est de 10,320,000 hbts tandis que la République Dominicaine présente une population pratiquement identique de 10,478,000 personnes. Haïti présente l’une des plus fortes densités démographiques de l’Amérique latine avec près de 375 hbts/km² tandis que la République Dominicaine a une densité de 212 hbts/km². Bien qu’ayant tous les deux une population jeune, celle d’Haïti est beaucoup plus jeune que celle de la République Dominicaine. Près de 56% de la population haïtienne a moins de 24 ans alors que les tranches d’âge similaire représentent pour la Dominicanie que 46%. L’âge médian est de 22 ans en Haïti tandis qu’en République Dominicaine il est de 27 ans.

Les taux de croissance de la population sont à peu près similaires dans les deux pays (1.17% pour Haïti ; 1,23% pour la République Dominicaine). Si l’on nait plus en Haïti (23.21 naissances pour 1000 personnes contre 18.73 naissances) ; on y meurt davantage également (7.83 morts pour 1000 personnes contre 4.55 morts). Les deux pays sont des pays d’émigration mais cette tendance est plus importante en Haïti qu’en République Dominicaine (2.76 migrants pour 1000 personnes en Haïti et 1.91 migrant pour la République Dominicaine).

La capitale haïtienne, Port-au-Prince, a une population estimée en comprenant son agglomération à 2.44 millions de personnes tandis que Santo Domingo est une ville de 2.945.000 personnes. Par contre la différence entre les pourcentages de population urbaine entre les deux pays est très accentuée (58.6% de la population totale pour Haïti et 79% pour l’autre pays). A l’inverse le taux de croissance de l’urbanisation est beaucoup plus élevé en Haïti (3.78% contre 2.6%). Le taux d’alphabétisation de la population haïtienne est de 60.7% et celui de la population dominicaine est de 91.8%.

 
Des résultats en matière de santé contrastées  

 
En matière de santé, certaines différences sont également assez marquantes. Le taux de mortalité infantile est de 48 morts pour 1000 naissances en Haïti alors qu’en République Dominicaine, il n’est que de 19 morts pour 1000 naissances. L’espérance de vie à la naissance est de 64 ans en Haïti ; il est de 79 ans en République Dominicaine. Le taux de fertilité des femmes est à peu près identique (2.69 naissances/femme en Haïti ; 2.33 dans le pays voisin). L’accès à l’eau potable est très différent dans les deux pays et cette différence est plus marquée selon que l’on est située en milieu urbain ou en milieu rural. 74.6% de la population en milieu urbain en Haïti ont accès à une eau potable de qualité ; le chiffre passe à 82.5% en République Dominicaine. Il n’y a que 47.5% de la population en milieu rural qui a accès à la même ressource en Haïti pour 77.2% dans le pays voisin. En matière de latrinisation, l’écart est encore plus important. 1 haïtien sur 4 a accès à un service de latrinisation répondant aux normes standards, c’est le cas de 80% de la population dominicaine. Une différence également en matière de taux de prévalence du SIDA, il est de 1,97% pour Haïti et de 0,7% en République Dominicaine. Enfin les deux pays sont exposés à des risques élevés d’infections diarrhéiques, d’hépatite A et de typhoïde.  

 
Des différences économiques criantes

 
Sur le plan économique, les différences sont criantes entre les deux pays. En termes de parité de pouvoir d’achat le PIB haïtien a été de 18.31 milliards en 2014 tandis que celui de la République Dominicaine a été de 138 milliards. Si l’on tient compte du PIB en termes réels, le PIB haïtien est de 8.711 milliards et celui de la République Dominicaine est de 64.08 milliards. Haïti a affiché en 2014 un taux de croissance de 2,8% ; celui de la République voisine a été de 7,3%. Toujours en termes de parité de pouvoir d’achat, le revenu per capita en 2014 a été de 1800.oo $ US en Haïti et de 13.000.oo $ US en RD.

La composition du PIB diffère selon les deux économies. L’agriculture y représente 24.7% en Haïti mais plus que 6.3% en RD ; la part de l’industrie est prépondérante en République Dominicaine avec 32.1% tandis qu’en Haïti elle n’atteint que 20%. Le secteur des services est prépondérant dans les deux pays (55.3% en Haïti et 61.6% en RD).

La force de travail est à peu près similaire dans les deux pays : 4.81 millions de personnes en Haïti et 4.991 millions en RD mais le premier pays présente un manque de main d’œuvre qualifié. Le taux de chômage diffère fortement entre les deux pays (40.6% en Haïti et 6.4% en RD), néanmoins le pourcentage de la jeunesse dominicaine en situation de sous-emploi est de 29,4%. Trois haïtiens sur cinq vivent en dessous du seuil de pauvreté (58.5%) tandis qu’en République Dominicaine 41.1% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, soit deux dominicains sur cinq.

Les deux sociétés présentent une grande inégalité des richesses mais celle-ci est encore plus grande en Haïti. L’indice de Gini qui rend compte de l’inégalité des revenus dans un pays est de 59.2 en Haïti (l’un des plus élevés de la planète) et de 45.7 en République Dominicaine. En Haïti les 10% de la population la plus pauvre ne dispose que de 0.7% du revenu national tandis que la même frange de population dispose de 1.9% en République Dominicaine. Les 10% les plus riches en Haïti dispose de 47.7% du revenu national, la même frange en République Dominicaine de 35.8%.

Le budget de l’État haïtien est de 2.372 milliards de dollars américains dont seulement 1.786 milliard provient de fonds propres ; celui de l’État dominicain dépasse les 10 milliards. Les exportations haïtiennes s’élèvent à 903.1 millions de dollars américains en 2014 dont près de 83.5% destinées aux États-Unis d’Amérique, celles de la RD s’élèvent à 10 milliards de dollars américains. Les importations haïtiennes s’élèvent à 3.458 milliards de dollars américains ; celles de la République Dominicaine grimpent à 17 milliards.

Les réserves en devises étrangères et en or pour Haïti montent à 1.355 milliard et à 4.503 milliards de dollars pour la République Dominicaine. La dette externe d’Haïti est de 1.687 milliard et celle de la République Dominicaine de 19.72 milliards. Les investissements directs étrangers atteignent 28.52 milliards de dollars américains en République Dominicaine et ne sont que de 1.286 milliard en Haïti.

 
Des niveaux d’infrastructures dissemblables

 
Les différences en termes d’infrastructures entre les deux pays sont très marquées. En termes d’électricité d’abord, la production d’électricité s’élève en République Dominicaine à 14.1 milliards de Kwh. Sa capacité à générer l’électricité est de 3.364.000 de Kw, celle d’Haïti n’est que de 130.000 Kwh. Les deux pays dépendent à plus des ¾ des combustibles fossiles et de ¼ de l’énergie hydroélectrique. A l’opposé d’Haïti, la République Dominicaine produit une faible part de son courant électrique à partir des énergies renouvelables (1.6%).

La République Dominicaine dispose de 1.23 millions de lignes téléphoniques fixes, soit 12 lignes pour 100 personnes ; en Haïti ce nombre présente la valeur dérisoire de 41.000 lignes. Le pays de la partie de l’Est dispose de 8.3 millions de téléphones cellulaires ; ce nombre tombe à 5 millions en Haïti.

Haïti dispose de près de quatorze (14) aéroports dont quatre (4) ont une piste asphaltée. La République Dominicaine en a trente-six (36) dont seize (16) dispose d’une piste asphaltée.

Enfin le réseau routier dominicain est beaucoup plus développé que celui d’Haïti. Le premier dispose de 19,705 km de routes dont 9,872 km de routes asphaltées et de 9,833 km de routes en terre battue. Côté haïtien, le réseau se limite à 4,266 km dont 768 km sont asphaltés et de 3498 km en terre battue.   

 
Analyse et discussions

 
Au 19ème siècle, la société et l’économie haïtiennes dépassaient celles de la République Dominicaine. Au cours du vingtième siècle, la République Dominicaine rattrapa son retard sur Haïti ; aujourd’hui le rapport entre le PIB haïtien et le PIB dominicain est de 1 à 7. Durant ces cinquante dernières années, il apparait clairement que la République Dominicaine a su amorcer et conduire un processus de développement économique et de renforcement institutionnel alors qu’Haïti s’enfonçait dans une crise multidimensionnelle à tous les niveaux.

Qui plus est, le développement de la République Dominicaine a été possible grâce à l’apport de la main d’œuvre haïtienne à presque tous les secteurs de son économie et à sa totale accessibilité au marché haïtien qui lui a permis de booster ses exportations et du même coup d’équilibrer sa balance des paiements car il ne faut pas s’y tromper, la dépendance de la République Dominicaine à l’égard des autres économies est bien réelle.

La République Dominicaine a besoin de diversifier ses exportations vers d’autres marchés. Son ouverture et son intégration à la CARICOM sont nécessaires pour donner à ce pays un deuxième élan mais il apparait évident aujourd’hui que l’arrêt de la Cour Constitutionnelle sur la dénationalisation des haïtiens ne leur a pas facilité la tâche et a contribué à montrer un visage raciste de ce pays qui a de quoi inquiéter ses voisins. D’un autre côté, les changements qui sont en train de subvenir à Cuba vont modifier considérablement la donne économique sur le plan régional.

Toutefois il faut reconnaitre à la République Dominicaine qu’elle a su disposer d’élites dirigeantes et dominantes qui ont su amorcer et conduire un processus de développement dont les autres classes sociales ont su profiter. Mais il ne faut pas s’y tromper la République Dominicaine quoiqu’ayant une économie émergente reste un pays pauvre aux inégalités criantes et tout le monde n’a pas su profiter des retombées de la croissance.

Malgré tout, ce pays va continuer à représenter pour les masses haïtiennes et pour la jeunesse en particulier un eldorado à atteindre où ils pourront trouver de meilleures conditions d’éducation, de santé et d’emploi, en un mot d’épanouissement. En faisant cela, ils vont continuer à renforcer la domination de l’économie, de la société et de l’État dominicain sur ceux d’Haïti en apportant leur force de travail et leurs compétences le tout dans un contexte de grande xénophobie.

La solution à tout cela, que les élites dirigeantes et dominantes d’Haïti se comportent comme telles et offrent à ce pays un projet de développement économique dont plus d’un pourra profiter et qui permettra de développer les forces productives d’Haïti. Sinon on risque de continuer à voir se développer la vassalisation économique et politique d’Haïti par rapport à la République voisine tout en ne sachant pas où cela s’arrêtera.  

 
Dimitri Norris, citoyen haïtien.

 
N.B. : L’auteur se propose de faire à l’avenir des études similaires pour d’autres pays du Tiers-Monde et notamment de la Caraïbe, de l’Amérique latine, de l’Afrique et de l’Asie.

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